
Voce di Lupo - Extraits

Perchée tout en haut du grand chêne tricentenaire, gardien de la forêt, Loupa avait observé plusieurs fois cette magnifique louve au poil argenté et son compagnon. Un jour même, l'animal, ayant sans doute senti sa présence, avait levé les yeux et planté son regard dans le sien ! Instant inoubliable, moment de pur échange et de belle communion, comme une transfusion d'âme. Trois mois plus tôt, la fillette avait entendu deux coups de fusil. Un villageois venait de tuer le compagnon de la louve. Loupa savait que désormais elle resterait seule car lorsqu'un couple de loups se forme, c'est pour la vie.
Le soleil vient à peine de disparaître derrière la forêt lorsque Martial pousse la porte de la cabane. " Alors ?... " murmure Philomène. " C'est fait, y reste juste un louveteau qu'a réussi à se carapater ! "
Le Bourru a eu beau répondre tout doucement pour ne pas réveiller ses enfants, Loupa, l'oreille collée au plancher de leur unique petite chambre, serre très fort sa poupée de chiffons sur sa bouche pour étouffer ses sanglots. Ce n'est que lorsqu'il ne reste plus une larme à couler qu'elle s'endort, grâce à la douce pensée qu'il reste un petit loup à sauver…
C'est l'heure, " entre chien et loup " , l'astre de lumière va bientôt surgir de la plaine. Loupa s'est habillée sans bruit et descend l'escalier de bois en prenant mille précautions pour ne pas faire craquer une marche. Il est vrai que, même si cela arrivait, les ronflements du Bourru couvriraient largement le craquement ! Dans le garde-manger, elle prend un gros morceau de pain bis, une bonne tranche de jambon sec et trois pommes, le tout dans sa petite musette. La porte de la cabane est refermée. Direction : la forêt.
Loupa arrive bientôt aux " arbres mariés " , la limite fixée par son père qu'elle ne doit pas dépasser lors de ses promenades en forêt. La fillette s'assoie aux pieds des deux grands chênes reliés par une branche commune, sans doute l'œuvre de quelque druide, l'homme qui fait « chanter la nature » , comme le dit souvent Philomène.
Pas de trace du louveteau jusqu'à maintenant. La peur au ventre, Loupa se dit qu'il lui faut bien braver l'interdit si elle veut sauver le petit orphelin. Elle mange une pomme pour se donner du courage et repartir droit devant elle.comme de trace du louveteau jusqu'à maintenant. La peur au ventre, Loupa se dit qu'il lui faut bien braver l'interdit si elle veut sauver le petit orphelin. Elle mange une pomme pour se donner du courage et repart droit devant elle.
Trente minutes sont encore passées. Loupa est à présent à deux lieues de la cabane familiale lorsqu'elle entend de petits gémissements. Ils viennent de derrière les fourrés tout proches. Affrontant courageusement les ronces qui lui déchirent les jambes, la voici au bord d'un grand trou profond d'au moins dix coudées et large de cinq. C'est un piège à loups creusé par quelque chasseur. Au fond du trou, des pieux acérés et entre deux d'entre eux, une grosse boule de poils qui tremble. Le petit loup a miraculeusement évité les pieux dans sa chute, poursuivi qu'il était par Martial le Bourru.