Extraits de La Biche, l'Ours et la Montagne Bleue - Extraits

Blue Hill, ainsi la nomment les Ecossais. Les Français l'appellent la "Montagne Bleue" mais elle porte aussi son nom dans toutes les langues de la planète, puisque tous ses habitants la connaissent.

Au plein cœur des Highlands, tout près de Carn Eige, elle est là depuis que le premier être vivant est apparu sur terre.

La Montagne Bleue, ainsi nommée par l'étrange lumière bleue que l'on aperçoit parfois jaillir de son sommet, est en permanence recouverte de brume, nul ne sait ce qui se cache derrière qui n'a commencé son ascension.

Aux pieds de la montagne, sur chacun de ses flancs, sur devine des cavernes, dissimulées par quelques arbres fleuris toute l'année.

La biche est arrivée tout près de la montagne, surprise de se retrouver là. Elle devait porter un message de réconfort à une amie marmotte, mais la caverne qui lui fait face est bien trop grande pour ne loger qu'une marmotte, ou alors il y en une colonie, et elle sait que son amie vit seule.

Sans doute, pense-t-elle, quelques loirs malicieux ont-ils encore déplacé les panneaux indicateurs.

Le fait est qu'elle est là, et plus elle regarde la montagne embrumée, plus elle devine son sommet bleuté, et plus la biche sait que l'endroit lui est familier.

Oui, la Montagne Bleue, elle l'a déjà montée, pas seule, car on ne peut qu'être deux sur la Montagne Bleue. Les souvenirs trop mal enfouis reviennent.

C'était il ya neuf ans qu'elle avait commencé l'ascension en compagnie d'un cerf, le sien, celui qu'elle avait choisi pour l'accompagner sur ce chemin qui mène tout là-haut, pour se baigner dans ce bleu qui remplit tous les êtres de bonheur.

C'était un bien beau cerf, grand et fort comme des forêts profondes, et ceux quand la biche lui avait proposé de l'accompagner jusqu'en haut de la Montagne Bleue, il avait dit oui tout de suite. Et ils étaient montés, elle devant, lui derrière, et plus ils montaient, plus la biche voyait les étoiles bleues apparaître sur son cœur, et chaque nouvelle étoile envoyait sa lumière droit devant, dissipant quelques mètres de brume.

Comme il était beau, le paysage qu'ils découvraient à chacun de leurs pas, comme elles étaient belles, les fleurs multicolores posées sur les tapis de mousse, elle n'en avait jamais vu d'aussi belles en bas, dans la vallée.

"Cerf, mon beau cerf', disait la biche "Ressens-tu comme moi ce bonheur qui nous gagne ?" "Oui", répondait le cerf, "Comme toi je le sens", et la biche continuait à tracer le chemin qui mène au sommet du bonheur, sans se retourner, car elle savait qu'on ne se retourne pas sur la Montagne Bleue, elle savait comme le savoir tous les êtres dès qu'ils ont fait le premier pas de l'ascension.

Souvent elle demandait : "Cerf, mon beau cerf, tu es bien près de moi ?" "Oui, biche, ma jolie biche, je suis là, tout près de toi", répondait le cerf". Mais, de question en question, plus ils montaient et plus la voix du cerf se faisait faible. La biche se disait qu' il devait être fatigué, bien que cette pensée la surprit.

>